Les grandes lignes de réflexion

Constats

L'idée des modules trouve ses origines dans un certain nombre de problèmes importants vécus au jour le jour dans les collèges et lycées par l'ensemble des acteurs du système éducatif. La liste qui suit ne se veut pas exhaustive (loin s'en faut!): elle indique les préoccupations que l'enseignement modulaire souhaite adresser.

Idées directrices

Il ressort des précédents constats des inadéquations du système par rapport à ses ambitions de scolarisation massive, que l'on pourrait formuler ainsi: S'il veut pouvoir fonctionner de façon satisfaisante, le système scolaire actuel est forcé de demander à ses élèves plus qu'ils n'en sont réellement capables. A demi-conscient de cet état de fait, il ne peut se permettre d'exiger quoi que ce soit, ouvrant la porte aux dérives actuelles.
Il n'est pas outre mesure étonnant d'en être arrivé là après avoir voulu massifier l'enseignement sans pour autant adapter en proportion le système. Ce dernier, vestige d'un passé qui le destinait à une certaine "élite" de gens particulièrement adaptés (de par leur milieu social notamment), est aujourd'hui dépassé. Il parait par conséquent clair que seule une refonte sérieuse du système peut espérer améliorer sensiblement la situation. L'objectif est de proposer un système dont chacun puisse tirer avantage: les plus doués doivent y rouver l'excellence, les plus faibles un parcours adapté mais valorisant car reconnu.

Le principe de l'enseignement modulaire veut être une alternative concrète. Sans prétendre être le remède à tous les maux (l'éducation est profondément liée à l'organisation de la société et finalement, du monde), il a pour objectif plus modeste de débloquer un certain nombre de rouages stratégiques. La philosophie sous-jacente, qui est également l'ambition du projet, est une extension de ce que nous considérons comme un principe d'enseignement sain et épanouissant: proposer un système juste et adapté qui permet finalement d'être plus exigeant.
Le projet propose dans cette perspective quatre moyens d'actions essentiels:

Ces caractéristiques doivent permettre tout à la fois: Le système modulaire est clairement méritocratique. Certains verront dans la répétition d'examens un exemple flagrant (et négatif) de sélection par l'échec. Nous pensons qu'il est illusoire d'espérer motiver les élèves sans une certaine dose de sanctions: en clair, pour que les élèves travaillent, il faut que ceux qui ne travaillent pas ne réussissent pas. Ceci permet au moins de donner du sens à l'effort, ce qui est un objectif à part entière de l'éducation (peut-être même le plus important). Nous pensons que dans un contexte d'enseignement massif, un système qui base sa réussite sur la "bonne volonté" des élèves ne peut convenir. Si l'intérêt des élèves est un élément important, il n'est cependant pas une panacée: l'acquisition d'un certain type de connaissances demande des efforts ingrats de longue haleine que très peu d'élèves peuvent accepter de bon gré. Il nous semble indispensable au contraire que le système scolaire permette et favorise autant que faire se peut la réussite des élèves sans avoir comme pré-requis leur intérêt pour les matières enseignées ou leur maturité. Alors que beaucoup d'adultes peinent à justifier clairement de l'intérêt de certaines matières générales, est-il raisonnable de demander cela de nos enfants ? Il est par ailleurs possible que plus un système d'enseignement est libertaire et peu directif plus il va favoriser la réussite des enfants issus de milieux hautement éduqués car les parents connaissent le mode d'emploi implicite du système scolaire et la manière d'y réussir. Laissons les enfants être des enfants: c'est d'abord aux adultes de les guider.

Bien entendu, on ne saurait parler d'exigences sans considérer sérieusement le devenir des élèves en difficultés face à elles, et cela même si l'objectif est que ceux-ci soient aussi peu nombreux que possible. L'actuelle mission de l'enseignement secondaire est de donner une qualification et un diplôme à tout le monde. Pour louable et naturelle qu'elle soit, cette mission est au coeur d'une contradiction majeure: comment avoir des exigences et évaluer sérieusement les élèves tout en n'acceptant pas par principe même l'échec d'une partie d'entre eux ? On peut tenter de répondre à cette problématique essentielle sous au moins deux aspects:

Enseignement modulaire: un aperçu

Fonctionnement

Nous présentons ici les grands axes, tous les détails souhaitables peuvent être trouvés à la section le projet en détails.
Organisation des enseignements
Le système modulaire vise l'enseignement secondaire: de la sixième à la terminale.
Chaque matière voit ses enseignements découpés en niveaux (math1, math2 math3, etc), rebaptisés modules, d'une durée d'un semestre chacun. Chaque module peut être proposé en plusieurs déclinaisons, chacune proposant un nombre d'heures hebdomadaires différents. Ainsi (ce n'est qu'un exemple) le module math3 peut être proposé en 3h/semaine ou 5h/semaine: les élèves doués ayant passé math2 sans problème opteront ainsi pour math3 en 3h/s tandis que ceux ayant éprouvé des difficultés bénéficieront de plus de temps pour assimiler les mêmes notions. Bien sûr, les méthodes d'enseignement ne sont pas forcément les mêmes dans math3 3h/s et math3 5h/s.
Chaque module est sanctionné par un mélange coefficienté de contrôle continu et d'un examen final. Ce dernier sera commun à tous les candidats d'un même module (quelle que soit la modalité subie) et d'un même établissement: le sujet ou mode d'évaluation est la responsabilité des professeurs de l'établissement pour la matière concernée.
L'ensemble des modules est hiérarchisé: seule l'obtention d'un certain module permet la poursuite des modules ultérieurs. Cette hiérarchie des modules détermine l'ensemble des parcours possibles.

Nous convenons parfaitement qu'une organisation de ce type puisse être mise à profit pour développer des itinéraires "à la carte". Cependant ce n'est nullement le but ici car de nombreuses dérives sont possibles et nous pensons qu'il est faux de considérer tous les profils comme étant d'égale valeur, tout du moins dans la société actuelle.
Les possibilités de personnalisation des parcours, au-delà des profils classiques reconnus par l'éducation nationale (littéraire, économique, scientifique, commercial, industriel, social), doivent principalement s'entendre en termes d'adaptation aux capacités d'apprentissage de chacun, toujours dans le but de faire réussir le plus grand nombre dans un des parcours 'classiques' susmentionnés.
Il ne s'agit donc pas pour les élèves de choisir les modules "qui leurs plaisent": les différentes possibilités sont clairement fixées par la hiérarchie des modules et se traduisent, pour simplifier un peu, à la simple possibilité de progresser à des rythmes différents selon les matières, mais toujours en adoptant un des profils classiques et reconnus.

Transition collège/lycée
Dans le système modulaire, la fréquentation du collège ou du lycée est décidée principalement selon l'âge des élèves, sans exclure la prise en compte d'autres critères, et non plus selon leur niveau d'étude. Ceci est cohérent à plusieurs titres: Ceci implique par conséquent que collèges et lycées doivent être en mesure de proposer certains des niveaux d'enseignements en commun.
Modalités d'obtention du "brevet des collèges"
Le brevet des collèges dans le sens qu'il possède actuellement n'existe plus. Il consiste simplement en une attestation d'obtention de niveaux minimaux dans certains modules, sans passer par un examen multidisciplinaire.
Cela paraît suffisant vu l'importance très relative du brevet des collèges à l'heure actuelle; cela permet surtout de laisser les élèves poursuivre leur route dans la progression en modules sans une quelconque forme de "synchronisation" qui serait délicate à gérer: voir le problème de la fin de cycle.
Modalités d'obtention du BAC
C'est une question extrêmement délicate pour laquelle nous ne fournissons pour le moment qu'une esquisse de réponse, hautement discutable.
Le bac 'modulaire' propose les mêmes séries qu'à l'heure actuelle. Chaque série est définie par une liste de modules dont l'obtention (ou celle d'un module jugé supérieur) est obligatoire pour présenter l'épreuve du BAC. Certains de ces modules sont dits 'principaux': ils correspondent aux matières qui feront l'objet d'une épreuve d'examen spécifique au BAC, les autres, dits 'secondaires', n'étant pas évalués (autrement que par les examens de modules correspondant) pour l'obtention du diplôme. Cependant, le diplôme fera mention du niveau atteint dans tous les enseignements: le bachelier valide par là ses compétences complémentaires.

On peut se questionner sur l'utilité même d'une épreuve spécifique pour le BAC, étant donné que chaque module subit déjà une forme de contrôle. Il est néanmoins probable qu'une forme ou une autre d'évaluation supplémentaire soit souhaitable afin de garantir que les principaux contenus des enseignements soient tous possédés et pratiqués au moment de l'obtention. D'autre part, l'épreuve du BAC serait la seule évaluation nationale de la scolarité secondaire.

Quelles que soient exactement les modalités d'obtention du BAC, elles devront répondre à une exigence centrale dans le système des modules: permettre effectivement, au cours d'une scolarité, le redoublement de un ou deux semestres d'enseignement, dans les matières secondaires SANS pour autant accuser de retard pour l'obtention du bac.

Modalités d'entrée et de sortie du système modulaire
Elles devront virtuellement être suffisamment souples pour permettre au maximum la ré-insertion dans le système d'élèves anciennement en difficultés ou venant de filières professionnelles, notamment.
Il est important de noter que les examens fréquents qui garantissent les savoirs des élèves devraient, à terme, rendre moins problématiques des sorties précoces du système scolaire: certes, l'élève n'a pas son BAC, mais peut se valoriser par l'ensemble des modules qu'il a pu obtenir.
Concernant les sorties du système général pour des filières plus courtes et professionalisantes, là encore, chaque filière peut décider de son "niveau de recrutement" en établissant une liste de niveaux de modules minimaux requis.

Commentaires

Nous proposons ici pêle-mêle un certain nombre de remarques au sujet de l'organisation modulaire des enseignements.

Pistes de réflexion actuelles

Textes

Afin de compléter cette esquisse de l'enseignement modulaire, nous présentons ci-dessous quelques textes dont les idées nous semblent particulièrement pertinentes et qui aideront le lecteur à saisir au mieux l'état d'esprit et les idées sous-jacentes qui motivent et dessinent le projet.